Je n’ai jamais été attiré par le Maximum Kouette : un mélange de chanson et de reggae, le tout en français ? malgré un côté punk et une bonne réput’ de groupe de scène, eh bien, non merci, ça ne m’intéressait pas. Pour moi Le Maximum Kouette c’était pour les fans de Zebda, Sinsemilia et les Silmarils… vraiment pas mon truc.
Ils sont pourtant désormais très bien placés dans mon panthéon rock personnel. Pour tout vous dire, à peine sorti de la salle, j’étais en train d’appeler des amis pour leur dire de foncer prendre une place. Retourné comme une crêpe, le chroniqueur blasé qui pensait voir un hybride bizarre de la famille Adams et de Starmania, vaguement cool, un peu marrant, un spectacle pour toute la famille, vite digéré et rapidement oublié. Car le Maxi Monster Music Show est ce que j’attendais depuis si longtemps, et que je désespérais un jour de voir : c’est le Rocky Horror Picture Show français, avec une grosse et jouissive dose de savoir-faire et de talent, et juste ce qu’il faut de mauvais goût pour être mordant.
Oui tant que ça ! instantanément culte.
D’entrée le ton est donné : tandis qu’une voix à la 1984 nous annonce qu’une loi martiale rendormais illégale l’existence de toute personne non-conforme, un majordome sorti d’un épisode d’Adèle Blanc-Sec ferme la porte à double tour. Nous voici enfermés avec une équipe de freaks mutants multi-instrumentistes. Ce spectacle est leur histoire, huis-clos de maladaptés débordant de talent, enfermés dans le noir, rejetés par un monde formaté et paranoïaque. Mais que peut faire un monstre pour exister à part se donner en spectacle ?
Dans la salle de nombreux enfants, même si on est samedi soir. Pourtant on est loin d’une comédie familiale…
Le Maxi Monster Music Show, c’est quoi ? C’est un spectacle musical créé par les musiciens du Maximum Kouette, qui se déroule principalement comme un concert, entrecoupés de petits sketchs. Puisant dans le meilleur de la tradition du music hall, c’est un show complet, qui utilise l’esthétique du cinéma muet et du cabaret pour en faire une oeuvre punk moderne.
Génétiquement plus proches du Pigalle de Hadji-Lazaro ou des Rita-Mitsouko que de la famille Adams, fondamentalement rock, cynique, et caustique, Le Maxi Monster Show n’est pas violent, non, pas d’hémoglobine ni gros mots. Mais ce qui le rend si génial c’est justement que c’est un vrai spectacle pour adultes, pour vrais gens qui ont un cerveau, un coeur, et un foie. Le Maximum Kouette ressuscite le music hall, avec son charme mais aussi avec tout ce qu’il comporte de question sur les préjugés d’une société politiquement correcte : charme désuet des personnages, mais cynisme de la chanson réaliste; humour facile à la Charlie Chaplin et monologues éthyliques de monstres mal-aimés. Ajoutez à cela la grande classe des musiciens qui évoluent avec aisance dans tous les registres : de la rengaine bal’pop’ au jazz est-européen en passant par la chanson potache à boire (et mention spéciale pour une chanson politique pseudo-flamenco sur un certain président qui met des talonnettes).
Le Maxi Monster Music Show swing, rock et étonne. Mais il est aussi une splendide révolte contre la société des clones sans cerveau qui se construit autour de nous, étouffant toute surprise et toute différence. ce que Tod Browning a voulu dire à la société américaine puritaine des années 1930, les monstres modernes le disent à une société française en voie de lobotomisation : pour être vivant il faut souffrir, aimer, et souffrir d’aimer. Et c’est pourquoi les monstres sont bien plus vivants que nous. Le génie du Maxi Monster Music Show et d’avoir compris la filiation du music hall et du punk et d’avoir gardé assez d’humour pour nous faire passer un magnifique moment en musique. Pas facile de crier sans rage sans être aigri ou donneur de leçons. Allez vite voir ce spectacle fondamentalement humain, drôle et touchant. Rock, en somme.
















Cher Peter,
Vous ne pouviez pas nous faire plus plaisir !
Monstrueusement vôtre,
Miss Gabrielle