Eric Mac Fadden au Café de la Danse

Oops, quand on est arrivé au Café de la Danse, ce mardi, ce n’était pas comme d’habitude… Où sont ceux qui tractent pour les Boutiques Sonores, Radical Prod et autres?  Où sont passés les indie boys and girls à frange, lunettes Buddy Holly et chemise à carreaux? Où sont les visages connus à l’accueil?

Au lieu de cela, une salle remplie d’un public vieillissant (doux euphémisme pour dire qu’ils me semblaient bien vieux ces gens), appareil photo à la main… Merde, André Rieux? Non, il y aussi dans la salle quelques bikers bien tatoués, des goths, quelques individus entre 20 et 35 ans (eux, ne sont pas venus pour accompagner Papa et Maman…)… Qui peut donc être celui qui fait se déplacer une foule aussi hétéroclite?

J’aime beaucoup, vous le savez, aller voir des artistes que je ne connais pas, mais souvent, le climat annonce la tonalité musicale. Là, le choix entre fuir et être curieux. Et Eric Mac Fadden vaut carrément la peine de se sentir un rien étranger à son public…. Et de supporter avant son passage Dan Reed, qui pour tout vous dire est l’équivalent US folk/blues de Soeur Sourire.

Passons…

Eric Mac Fadden et son groupe méritent inconditionnellement un dépassement des clivages de « tribus urbaines » pour les découvrir, eux et leur musique inclassable, improbable qui drainent une foultitude d’influences et de genres sans trouver d’apparentement précis. A l’image d’ailleurs de Mac Fadden et de sa bassiste, les deux personnages charismatiques du band: lui, c’est costume de pionnier et dread locks (plus hardcore que reggae), elle, c’est Morticia Addams, le look gothique avec le charmant côté mutin d’Angelina Huston.  Sacré duo. Qui donne tout sur scène, avec complicité et bonheur communicatif à jouer.McFadden-2

Ils sont accompagnés d’un batteur qu’on voit à peine et d’un accordéoniste aveugle. Mélange des genres, des caractères. De suite, se dessine une voix rauque, puissante et chaleureuse. Il y a du Tom Waits chez Mac Fadden. Très vite aussi, on devine le musicien génial (son CV de collaborations est d’ailleurs imposant), le touche à tout sans complexe. Immédiatement, derrière des lignes rythmiques sobres et sombres et un accordéon jazz/blues, s’ébauche une ambiance de bar enfumé en fin de soirée où les musiciens tapent le boeuf quand ils sont les seuls à ne pas être fatigués. Un bar ou peut être un saloon tant la musique qui s’offre à nous semble intemporelle et a-espacielle (oui , j’ai le droit d’inventer des mots).

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Les morceaux s’enchaînent, brassant avec bonheur, les catégories musicales: blues, rock, rock’n roll, soul, heavy, jazz, vaudeville, folks (slave, klezmer, hispanisante, tsigane…) mais pas de façon juke box, non, c’est au contraire très cohérent et la mixité va plutôt très bien au teint de cette formation haute en couleurs.

Alors que Mac Fadden achève un morceau entièrement acoustique, jouant de la guitare comme dans le concerto d’Aranjuez et soutenu par une section rythmique qui évoque, elle, les westerns spaghettis, je m’enthousiasme. Savoure ce parti pris que de vouloir offrir quelques morceaux purement instrumentaux où la dimension brute, lourde du blues et du rock est contrebalancée par les subtilités et les méandres réjouissants et généreux des folklores.

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Et j’en reviens tout naturellement à Waits pour ce côté baroque dans le blues et ce groove indiscutable. Cette manière, aussi, de toucher la corde sensible en se ré appropriant des modalités classiques. Waits mais pas que, Johnny Cash, Springsteen, Spike Jones… Il y a de l’humour, discret, une classe particulière, un talent remarquable de storyteller.

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Partant souvent de la base d’un blues traînant, avec un jeu de guitare un rien macabre/voodoo, les chansons explosent parfois en instrumental sur des chevauchées effrénées baignées de stoner rock et garage mais toujours illuminées par des tonalités voyageuses et laissent savourer le talent technique du groupe qui ne nous accorde pas une minute de répit dans un concert de plus d’une heure et demie où on a découvert un véritable phénomène, libre, impressionnant de savoir faire et sachant laisser sans mièvrerie aucune, la place à l’émotion.

Un concert dont on ressort réchauffé, heureux, le sourire aux lèvres.

Le public, au final des avertis, de ceux qui applaudissent les solos de guitares et savourent chaque arrangement brillant ne s’y est pas trompé. Et notre hasard a bien fait les choses.

A propos de l'Auteur

Touche à tout, curieuse et passionnée, elle crée Not for Tourists en août 2008 pour d'obscures raisons. Rédactrice en chef tyrannique, elle torture les autres membres de NFT en multipliant les phrases alambiquées de 15 lignes, les tags à rallonge et les néologismes de son cru. Fan de trucs musicaux bizarres qui ont des noms avec "post","new", elle aime avant tout être surprise et touchée par la musique et déteste les groupes calibrés FM. Mais par contre, elle aime aussi la compote, les shorts, les boots noires et les jolis barmen