
On pourrait commencer par la fin, pour parler de ce concert de Six organs of admittance. Commencer par ce rappel que nos oreilles quémandaient, nourries par 45 minutes de jubilation sonore.
Six organs of admittance a conclu son set par « Home », Comme pour asséner à son audience le coup fatal. « Home », le hit du groupe, si tant est qu’un groupe oscillant entre folk, noise, et musique expérimentale puisse avoir à son actif un hit. Le premier coup avait été asséné, très tôt dans le concert, avec une magnifique version de « Shelter from the ash » et son indescriptible ligne de guitare hurlée.
Il y a du bon dans les K.O. par plaisir. On pouvait voir un bon nombre de personnes sonnées, abasourdies, un sourire figé gravé sur le visage, à la sortie du concert. On avait vu Six organs of admittance il y a 18 mois à la Vilette sonique, et en version acoustique il y a deux ans en ouverture de Joanna Newsom. On venait les revoir en tête d’affiche à l’espace B avec un enthousiasme non feint, forgé par les précédentes performances du groupe sur scène.
Le groupe, qui propose des subtilités d’arrangements, de rares finesses de composition et des mélanges d’arpèges et de voix aériennes en studio, aurait pu tomber dans les écueils du Live. C’est exactement le contraire qui se produit, et qui s’est produit hier. Ben Chasny, le leader de six organs, passe près de six mois par an sur les routes, en tournée. Il vit sur scène. Son plaisir et celui des autre membres est contagieux.

Les personnes ayant vu Six organs of admittance sur scène vont les revoir, quasi systématiquement. Ils vous parleront d’expérience. Les plus assidus vous raconteront leur transe. On ne pourra pas traduire un concert de Six organs of admittance par écrit, mettre des mots pour décrire le chaos sonique et mélodique proposé par le groupe. On pourrait vous proposer des notes mentales, des pensées qui nous sont venues durant le concert. Cela pourrait ressembler à cela: 1) Magnifique. 2) Meilleur groupe du monde. 3) Merci. 4) Merci encore. Autant dire que l’on pourrait aisément se répandre en prose dithyrambique. Que ce soit sur le jeu de batterie de Ian Wadley, sur les solos de guitare d’Elisa Ambrogio, sur les voix ou les arpèges de Chasny, on pourrait chercher des défauts, des reproches, des redites, pendant bien longtemps sans en trouver. Le problème du compte rendu impossible d’un live comme celui de Six organs of admittance touche à l’essence même du groupe, à ce qui fait sa force: allez mettre un mot pour définir les larsens de la guitariste, à genoux sur scène, la tête dans l’ampli, et parfaitement impassible tout en pulvérisant les tympans de la salle.

Allez mettre un mot sur l’harmonie visuelles des expressions du visage du batteur, en transe, et son t-shirt Ford, Sur le charisme de Ben Chasny, une mèche dans les cheveux, une chemise rouge sang. C’est parce qu’il n’y a pas de mots pour résumer cet ensemble que cet ensemble fonctionne si bien.
La promesse que l’on se fait, c’est d’y retourner, encore, la prochaine fois.
Photos: Jean-François Ravier







