La foire aux atrocités / la Loge

Voilà le genre de pièce qu’on a, par avance, envie d’aimer. Et puis…

La Foire aux atrocités est adapté du roman éponyme de Ballard, connu pour L’Empire du Soleil et Crash. Le personnage central, Travis, est un psychiatre obsédé par l’assassinat du président Kennedy, au point de développer une dangereuse psychose qui le persuade de l’arrivée imminente de la Troisième guerre mondiale.

L’adaptation proposée ici n’est pas une transposition du roman de Ballard. Elle se concentre sur une trame, l’évolution de la psychose de Travis, faisant écho aux mystères entourant l’assassinat de JFK et aux conclusions qu’en a tirées la Commission Warren. Tandis qu’une seule comédienne prend en charge tous les rôles féminins, suggérant l’unicité de l’image de la femme dans les projections mentales de Travis, deux acteurs se partagent les rôles principaux de Travis et du docteur Nathan, tout en assumant également quelques personnages secondaires. Les trois comédiens se tirent plutôt très bien de cet exercice difficile, avec une mention spéciale pour Elise Roth à qui il revient donc de porter toute la féminité de la pièce, avec force et subtilité.

Pas grand-chose à redire, non plus, à la scénographie et à l’ensemble visuel. Ambiance inquiétante, entre froideur et (mauvais) rêve, découpe de l’espace et des « séquences » maîtrisée de manière quasi-cinématographique ; la compagnie Möbius-band nous embarque, assurément, dans un univers ; celui de l’Amérique des années 60, telle qu’on se la fantasme devant les films de Marilyn Monroe ou le papier glacé des vieilles revues.

Beau travail donc, et pourtant… L’ensemble manque de clarté. Le spectacle est-il à recommander plutôt aux connaisseurs de Ballard, familiers de son univers, d’une certaine déconstruction narrative ? L’intention est ici de « perdre » le spectateur dans la folie de Travis, entre psychose, réalité et éléments historiques. C’est réussi, et même un peu trop. Le texte fuse, rapide et dense, trop dense peut-être pour autoriser la concentration requise par cette histoire labyrinthique. Durant tout le spectacle, on a un peu le sentiment de voir apparaître les pièces d’un puzzle… qui ne se met jamais vraiment en place. Le lexique historique distribué à l’entrée se révèle nécessaire a posteriori pour les néophytes.

Et, si l’on apprécie la qualité globale du travail présenté, on peut ressortir avec la frustrante impression d’être passé à côté d’une grande partie du texte, voire du propos . A l’image de certains certains romans, cette pièce donne l’impression de devoir y revenir plus d’une fois pour vraiment l’intégrer…et l’apprécier.

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