Le grandiloquent moustache poésie club à la Loge

Difficile de faire preuve de verve critique après la démonstration de verve poétique à laquelle on a assisté ce mercredi soir à la Loge.

Je vais tacher d’être éloquente malgré tout car ce spectacle est un véritable régal, tout autant pour l’intelect que pour les zygomatiques, un excellent moment de rire (mais pas que) à la prose ébouriffante et mérite de fait une chronique ad hoc. Le trio de garçons moustachus qui se produit à la loge jusqu’au 14 janvier manie le verbe avec un tact hors du commun et nous embarque avec eux dans une effervescence de mots et d’idées. Slam dit et vous? du Slam, j’ai à priori une image très wesh…Un peu facile, un rien vulgaire, truffé de revendications sociales pas forcément très malignes, d’aspirations west coestiennes, du bling- beaucoup et du vide- un peu.

Astien, Ed Wood et Mathurin assènent un grand coup de pied dans la fourmilière de nos a-priori en livrant un show brillant quelque chose comme de la poésie contemporaine, bien dans son air du temps,  à situer davantage du côté de l’absurde prolixe d’Edward Baer que de l’écriture sèche (et assèchante) de Grand Corps Malade.

Le propos, prompt à de nombreuses embardées, consiste pour les trois complices (le mot n’est pas fortuit, la complicité entre eux est palpable) à narrer leur ascension fantasmée dans le monde du show business. Un pretexte s’il en est car ne vous attendez pas à un classique stand up en trio. Bien qu’ils suivent cette trame, ils s’en écartent volontiers pour jouer seul ou ensemble des tableaux au langage ciselé brassant les thématiques avec humour, sensibilité, second degré, tendresse et ironie.

On n’est pas là pour déclamer avec rage sur la misère de la vie en banlieue, ni sur cette fille giga chaude au bord de la piscine (quoi que dans le genre érotico poétique moderne, Ed Wood vaut son pesant d’or, mais il s’ancre dans une certaine ironie qui fait qu’on ne peut trouver trace d’obsénité dans ses propos parfois limite salaces). Non, ça parle du quotidien, ni de façon geignarde, ni en option « plus belle la vie »  dans un esprit gentiment décalé, emprunt de suréalisme, d’Oulipo et de vannes à deux balles, aussi: réunions de famille vues sous l’angle de l’enfant, phobie des poules, enfance toulonnaise, petite loose personnelle, déclaration d’amour… On rit beaucoup, on est ému parfois, toujours touché par une belle subtilité dans l’écriture à laquelle se mêlent modestie et spontanéité.

Le flot est continu, au Grandiloquent moustache poésie club, vous n’avez pas le temps de reprendre votre souffle et le temps passe trop vite. Lorsque le spectacle s’achève, après un rappel, on en veut encore- quand bien même ils referaient les mêmes sketches. Ils nous laissent enthousiasmés et jubilants d’un spectacle juste, subtil, sans baisse de rythme qui rend un hommage à ce langage qu’ils maîtrisent si bien, de manière sagace et érudite et pourtant souvent délirante.

Une vraie réussite et un énorme coup de coeur NFT. A voir (et à revoir) donc! ils sont jusqu’au 14 janvier à la Loge et vous pouvez les suivre (et savourer leurs vidéos) sur leur site web: http://gmpclub.blogspot.com/

A propos de l'Auteur

Touche à tout, curieuse et passionnée, elle crée Not for Tourists en août 2008 pour d'obscures raisons. Rédactrice en chef tyrannique, elle torture les autres membres de NFT en multipliant les phrases alambiquées de 15 lignes, les tags à rallonge et les néologismes de son cru. Fan de trucs musicaux bizarres qui ont des noms avec "post","new", elle aime avant tout être surprise et touchée par la musique et déteste les groupes calibrés FM. Mais par contre, elle aime aussi la compote, les shorts, les boots noires et les jolis barmen