On résume souvent la marionnette à un art théâtral destiné aux enfants. Evidemment, la conscience collective est marquée aussi bien par Guignol que par les émissions éducatives inspirées de Sésame Street, Badaboks et autres. Mais c’est occulter une large part de l’histoire même de cette pratique…
Juste un tour sur wiki et le résultat est édifiant et n’a rien à voir avec nos préjugés… D’un usage mystique ou politique, ou simplement de divertissement mais toujours destinées à un public large convoquant des arts multiples, les marionnettes occupent traditionnellement un rôle social majeur dans toutes les sociétés du monde.
En ce sens, la Compagnie La Bouche Décousue et son spectacle Eggs présenté cette semaine à la Loge renoue avec les origines, celle d’un théâtre populaire et joyeux (mais plus profond qu’il n’en a l’air) et pluri artistique- musique, comédie et jeux de lumière en sont parties prenantes.
Rien de conventionnel pour autant chez Marielle Morjean et Pierre Antoine Winter Samary qui livrent avec Eggs un spectacle savoureux et décapant, nourri de nonsense anglo saxon et de théâtre de l’absurde, alimenté par des compositions életro acoustiques inventives et menées tambour battant.
‘Eggs » se compose (pour le moment) de deux formes courtes, deux petits contes philosophiques sur la naissance (ou l’enfermement?)
Le premier met en scène deux bureaucrates/traders occupés à « faire de l’argent », et ce peu importe d’où viennent leurs sources d’information boursières… L’influence Monty Pythonesque est tellement présente, sandwiches téléphones, charabia linguistique et passages chantés, que naturellement c’est joué en anglais, comme une évidence, pour répondre au rythme prosodique soutenu et à l’effervenscence exaltée mais non moins un rien incohérente qui parcourt nos deux rond de cuir.
C’est drôle, très drôle même dans une réflexion saugrenue sur le « making money » , le plus et toujours plus…
Le second « conte » met en scène deux vieilles femmes, Mémère et Chantal, engagées dans un concours étrange voire effrayant, un concours d’accouchement (!) Saugrenue et flippante, voire dérangeante, la thématique étonne et interroge… S’agit-il d’une cogitation sur les jeux télévisés aux buts abhérants, si ce n’est cette petite minute de célébrité Warholienne? Mémère accouchera de son oeuf, mais ne s’en sentira pas gagnante pour autant…
La suite, Eggs est un triptyque en construction, sera à découvrir au Printemps 2010.
Ce mercredi, le spectacle a pâti d’un problème technique qui nous a privé de la dimension acoustique de la seconde partie (saloperie d’ordinateur)… Cela pourtant n’a rien gâché de la performance, nous permettant, au contraire, de découvrir tout le talent d’improvisation et le sens de l’humour spontané de nos deux comédiens qui ne se sont pas laissés décourager par cet aléa.
En pleine élaboration/éclosion, Eggs est plus que prometteur et on n’a qu’une envie: découvrir les prochains volets!








