Le public est nombreux ce soir au Café de la Danse et compte tenues des acclamations qui accompagnent l’arrivée sur scène de Toy Fight, on devine que le groupe, signé chez City Slang, le label allemand dont on se délecte des trouvailles, a déjà une fan base conséquente.
La sortie de Peplum au printemps dernier a en effet enthousiasmé la presse musicale. Je ne l’ai pas encore écouté intégralement, ni n’avais vu le groupe sur scène… Il était temps de rattrapper ce retard et moi qui suis toujours réticente dès qu’il y a engouemement médiatique, je peux vous dire que je n’ai pas été déçue.
Le combo protéïforme formé autour de Sébastien Broca, Maxime Chamoux et David Simonetta impose en effet d’emblée une véritable fraicheur et un excellent esprit sur un paysage musical où le terme « pop » fait peur à nos oreilles qui l’assimilent à « variété » (lire: variétoche). Or Toy Fight, c’est bien de la pop, mais virtuose, inventive et spontanée, tarabiscotée et hyper attachante. Deux accords suffisent pour que je comprenne l’enthousiasme qui a porté « Peplum ». Une fois n’est pas coutume, j’entreprends de prendre des notes pour ne rien rater.
Le concert commence par un premier titre en français… L’usage du français, c’est hyper casse gueule en général, j’en connais peu qui le réussissent sans faute de goût… Et là, premier petit miracle, ça fonctionne impeccable, dévoilant une section rythmique franche et ensoleillée, un enchevêtrement de guitares acoustique/électrique, un clavier élégant et une bonne dose d’humour. La mécanique est lancée, on est parti pour un concert éminemment réjouissant.
L’anglais devient la langue du chant et le second morceau débute par un passage à la rythmique tribalo/tropicalo/ rock menée tambour battant pour un résultat à la fois direct et complexe, aussi alambiqué qu’efficace. Troisième morceau, passage du chant au guitariste (un chant qui ne cessera de passer d’un musicien à l’autre, il n’y a pas de front man chez les Toy Fight). Je me réjouis de leur capacité à nous réserver des ponts hyper bien construits et à faire monter progressivement l’intensité.
On en vient à « la chanson punk » du groupe, ça donne des claquements de mains new wavesques, un chant épileptique et une batterie robuste, un truc un peu foutraque, frais et rentre dedans, mais qui conserve le sens évident de la mélodie qui s’est d’emblée décelé.
Arrive sut scène Mina Tindle, dont j’aime tant les prestations solo. Elle assure les choeurs d’un morceau kaléïdoscopique qui conjugue, ce notamment grâce à une rythmique épatante et enjouée, folk, pop et tropical avec une fluidité confondante. Ça se poursuit avec un passage très pop joyeuse où la chouette idée c’est un chant un rien scandé, façon spoken word… Là, je me dis, voilà de la pop©, qu’est ce qu’ils font ça bien! (et quoique que pas très pop comme fille, là, je me régale tout simplement)
Hop, revoilà la pétillante Mina Tindle, pour une gentille ballade pop folk qui me fait penser à la B.O. du Juno, du genre charmant et évocateur de jeux d’enfants à sauter dans les flaques d’eau. C’est léger, frétillant, adorable sans être juste « mignon ».
Et pourquoi ne pas maintenant dédier une chanson aux parents (qui peuvent être bien fiers de leurs rejetons)? C’est chose faite, on est presque entre amis, en famille, allons y pour un morceau au chant choral dont l’instrumentation oscille entre rigueur martiale et pop ludique… (oui, Toy Fight s’amuse à établir des passerelles improbables…)
Tiens, voilà maintenant Olivier de My Girl Friend is better than yours pour jouer de la trompette – quand je vous disais qu’on est en famille, le clip de toy fight a d’ailleurs été réalisé par Laurie. Le clavier s’amuse en mode western saloon, c’est fluide, euphorisant.
Je me rends compte qu’on en est déjà au dixième morceau et le groupe ne s’essouffle pas, c’est même tout le contraire. Ça débute par une intro géniale, très créative, jeu un peu sombre entre la batterie et un mini synthé, puis ça s’enflamme sur des envolées aussi bordéliques que délectables où s’entremêlent trompette, guitares, clavier, guitares, accordéon et chant choral…
Presque la fin, le rappel, team spirit oblige, c’est avec le chanteur de Maison Neuve, une reprise des Go Betweens, façon new wave barrée… Final explosif et jovial… Final? Pas encore, même si les guitares sont désaccordées, l’énergie qui a animé le groupe durant tout le concert demeure et on a droit à un dernier morceau, une chanson à boire, où le chant passe d’une bouche à une autre. Happy end! Rideau!
Sous l’ apparence d’un combo DIY ludique et sympathique (ce qu’il est d’ailleurs), Toy Fight s’impose comme un grand groupe qui sait garder une âme d’enfant sans rechigner à un certain raffinement des arragements, livrant un son qui de joyeux peut revêtir des aspects plus sombres, sincère et volontaire mais franchement abouti et maîtrisé. Inventif et inclassable, il n’érige pas moins une évidence pop qui vous colle le sourire aux lèvres et titille les neurones des plus blasés…








Une chronique du même concert mais d’un autre ton / avis ici :
http://thevioletteroll.wordpress.com/2009/10/29/toy-fight-cafe-de-la-danse/